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Les baobabs se meurent…
Naguère, on se ressourçait à nos pieds Aujourd’hui on arrache nos feuilles Demain nous ne serons plus…
Il n’y a pas si longtemps J’étais le grand baobab du village, Un repère dans le paysage de la brousse… Nombreux venaient s’asseoir à mes pieds À l’ombre de mes branches feuillues, Ils prenaient le temps de s’arrêter De parler et d’échanger… Je les écoutais, attentif à leur quotidien Parfois je leur soufflais quelques bribes De la mémoire du temps… Ils repartaient, plus sereins, reposés Plus légers plus heureux Remplis de la douceur d’avoir rétabli le contact Avec la terre et sa création…
Naguère, on se ressourçait à nos pieds Aujourd’hui on arrache nos feuilles Demain nous ne serons plus…
Maintenant, on ne s’adosse plus à mon tronc, Dès la sortie de mes premières feuilles On me grimpe dessus afin de mieux les arracher Même s’il faut pour cela couper mes jeunes rameaux… À ces nombreuses déchirures S’ajoute celle de n’être plus écouté, entendu et compris… Sans feuilles je ne peux plus m’abreuver De la puissante énergie de notre frère Soleil
Je ne fais plus d’ombre, La terre et mon écorce surchauffent Mes amis les oiseaux ne me visitent plus. Je ne porte plus de fleurs ni de graines Le processus de reproduction est interrompu, Le futur de mon espèce est bien incertain… Ces feuilles que je laissais aller généreusement Au fil des saisons, sont devenues monnaie d’échange… Aucune ne m’est laissée, elles sont trop prisées Par les commerçants et les gens des villes Qui se régalent des saveurs que j’ajoute à leurs plats…
Naguère, on se ressourçait à nos pieds Aujourd’hui on arrache nos feuilles Demain nous ne serons plus…
Étranges humains qui, par cupidité ou ignorance Épuisent la ressource qui les nourrit Sans respecter sa croissance et ses rythmes,
Étranges humains qui, même dans la brousse sahélienne Ont rompu leurs liens profonds avec la terre et les plantes... Étranges humains qui ne prennent plus le temps De s’arrêter, d’écouter et sentir, de se ressourcer…
Mon esprit est devenu plus léger Mon corps desséché le retient de moins en moins, J’ai pu ainsi visiter le sahel et mes frères baobabs… Je ne suis pas le seul à périr lentement, De plus anciens que moi et même des jeunes Sont dans la souffrance, sans feuilles et sans fruits, Ils ont eux aussi perdu de grosses branches…
Naguère, on se ressourçait à nos pieds Aujourd’hui on arrache nos feuilles Demain nous ne serons plus…
Triste destin des baobabs, Asphyxie de géants africains, Signe d’un temps, fin d’un cycle, Maladie de la brousse, de la planète et des ses habitants, Des racines se sont coupées, l’irréversible semble s’installer…
J’étais le grand baobab du village, Un repère dans le paysage du sahel, Je ne suis plus qu’un amoncellement informe de bois, Mes fibres vont retourner à la terre Qui m’a si généreusement supporté Durant ma longue existence… Je suis triste, car ce ne sont pas les années Mais les humains qui ont eu raison de moi… Ceux que j’ai longtemps aimés, écoutés et protégés M’ont arraché à la vie, feuille par feuille…
Naguère, on se ressourçait à nos pieds Aujourd’hui on arrache encore nos feuilles Demain est arrivé car je ne suis plus, Demain est arrivé car beaucoup avec moi ne sont plus…
J’étais le grand baobab du village, Un repère dans le paysage du sahel Un lieu de ressourcement et de paix…
Tiawa, Niger, le jour de Pâques 2010, François Clavel Gay. Sur les photos, le même baobab en 2007 et en 2010 (photos de François Clavel Gay)
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